mardi 15 mars 2016

2ème billet : 15 mars 2016

Je suis étonné et ravi de trouver si peu de choses sur Trieste. En fouillant un peu, bien sûr, on finit par débobiner la pelote, mais on garde cette impression de toucher à quelque chose de confidentiel, de secret.
Même si user ce cliché me coûte, je dirai tout de même que c'est « un trésor caché », puisque riche de son passé, lointain et proche, Trieste l'est, et des écrivains qui y ont vécu, qui y vivent encore, et de cette position d'extrémité méditerranéenne de la Mitteleuropa, pointe qui esquisse autant une perspective qu'elle désigne une fin.
C'est parce qu'elle est une ville d'écrivains que Trieste reste confidentielle. Il est difficile de rendre l'écriture spectaculaire (c'est ce à quoi se confronte le cinéma des vies d'écrivains et d'écrivaines : montrer une personne penchée sur sa table pendant des heures, des mois, voire des années, n'a rien d'excitant ; j'imagine un film à la Warhol, une variante de Sleep, qui durerait le temps qu'un écrivain finisse sa nouvelle, voilà qui serait – par les pauses, les gestes, les absences – aussi passionnant qu'irregardable), et si, à force de martelage publicitaire, parfois cela semble arriver, ce n'est qu'une illusion, un feu-follet qui s'éteint d'un coup. L'écriture n'est pas touristique.
Trieste, ainsi, m'apparaît comme une ville protégée (ville ouverte dans le carnage médiatique), ce à quoi on rêve pour d'autres cités italiennes victimes du tourisme (je pense toujours à cette tour de Pise que personne ne regarde vraiment). Sûrement bénéficie-t-elle, après en avoir été si longtemps menacée, de la protection de Venise qui canalise, à deux heures de train, l'attention touristique.
Stendhal, à son époque, n'aimait pas Trieste (il n'aimait vraiment que Rome) qui n'était pas encore, du reste, italienne. Elle sera austro-hongroise jusqu'en 1918, et même encore après la Deuxième Guerre mondiale, on la déclareraen 1947 – état indépendant (TLT, Territorio Libero di Trieste), sous l'égide de l'ONU (en fait de l'armée anglo-américaine commandée par Thomas Willoughby Winterton). Elle ne sera de nouveau intégrée à l'Italie qu'en 1953...
C'est aussi par Trieste que l'Italie est si ouverte, si généreusement ouverte, sur la littérature de l'Est. Contrairement à la France, dont même les auteurs francophones non français peinent à être acceptés.
Je trouve sur Wikipedia une liste, dont beaucoup de noms me sont encore inconnus, qui me laisse rêveur, qui laisse présager (pré-visager) quelques rencontres :

Scrittori di lingua italiana:
Scrittori dialettali:


Scrittori di lingua ebraica
Scrittori di lingua tedesca:
Scrittori di lingua inglese:
Scrittori di lingua slovena:
Scrittori di lingua serba:
  • Ivo Andric, premio Nobel per la Letteratura 1961
Scrittori di lingua francese:
Scrittori di lingua spagnola:
Même la jeune femme qui nous loue une chambre a un nom magique qui canalise – et rend si concret tout cela : elle s'appelle Ksenyia Radchkova. En grec, xenia signifie étrangère...

dimanche 13 mars 2016

1er billet : 13 mars 2016

Trieste est une couleur. Un bleu bien sûr marin, bleu-vert d'argent, avec le chatoiement des vagues (plutôt des ondes) et des traits blancs rehaussés de noirs d'écume. Le nom de Trieste est d'abord ces couleurs, pour moi qui n'y suis jamais allé.
Émilie me semble aller très bien avec Trieste.
Son nom déjà, Émilie, à Trieste. Comme un chiffre parfait.
Elle a quelque chose de slave dans les couleurs de son visage : yeux verts, imperceptibles tâches de rousseur que seul le soleil peut faire apparaître, de fins cheveux d'eau. Elle est modelée par la mer et la montagne.
Trieste est jumelée au Havre. Dans un récit de voyage du XIXe siècle, l'auteur (je ne sais plus s'il s'agit de Charles Asselineau – l'ami et le premier biographe de Baudelaire – dans L'Italie et Constantinople ou de Charles Ypiarte dans Les bords de l'Adriatique et le Monténégro) comparait les deux villes portuaires. Maintenant que le Havre a été détruit, c'est peut-être à Nantes, la ville natale d'Émilie, qu'il faudrait comparer Trieste.
J'ai toujours aimé les villes de peinture. Mais Trieste, qui, peut-être à cause de Joyce, me semble être une ville de musique, est surtout une ville d'écrivains.