lundi 4 avril 2016

3ème billet : 4 avril, le voyage et l'arrivée à Trieste

Du voyage, on peut retenir les suées dues à une veille de départ trop arrosée (c'était le vernissage de Materia), la course du matin pour arranger l'appartement et la voiture, un problème de GPS au Luxembourg qui nous fait tourner une heure pour rien, – et la belle forêt noire. La belle forêt noire jusqu'à Augsbourg, pour passer la nuit.
Aujourd'hui, la traversée des Alpes autrichiennes – les sapins, les cimes enneigées –, et la Slovénie qui, après les Alpes Juliennes, s'étale en une grande plaine jusqu'à Ljubjana. La paix et la petitesse de Ljubjana ; l'aisance de ses habitants, leur goût pour le clinquant (voitures, habits, accessoires), comme dans tous les pays neufs, ou dont la fierté nationale est blessée par la piètre réputation qu'ils ont (ou pensent avoir) à l'étranger. La route vers Trieste – Trst –, celle qui vient de Vienne, celle qu'il n'est plus possible de faire en train malheureusement, le Carso, en slovène le Kras et qu'on appelle en français le Karst, ce relief de roche, vif et dur, sec et puissant, que Scipio Slataper le nieztzschéen s'est approprié dans Il moi Carso, écrit à 22 ou 23 ans, avant d'aller mourir au front. Tout Trieste est déjà dans les sons, et il n'y aurait presque rien d'autre à savoir que ces sons pour connaître intimement Trieste. Le reste, c'est du social, c'est du scolaire, presque du carcéral.
Quand on descend du Karst, la baie s'ouvre comme une plaie et un paradis, le port découpe l'Adriatique, c'est l'indentation des siècles du commerce. La ville semble s'offrir d'elle-même, non seulement au regard, mais à tout le corps qu'elle attend pour un parcours et une promenade.
Il est 17h et il y a de la circulation. Nous avons rendez-vous, via Scipio Slataper, au 6, à 18h. Quinto piano. Sharon nous accueille, c'est une Néo-zélandaise affable. L'appartement est très grand, et très peu cher. Après une installation rapide, c'est notre première promenade. On descend le Canale Grande, on salue Joyce, puis on rejoint le bord de mer. Pris d'un doute, on demande la route à un homme : c'est un réfugié afghan qui se plaint qu'il ne trouve pas de travail ici. Sans travail, pas d'argent, et sans argent, pas de vie, à cela rien à faire, et c'est en effet bien triste. Beaucoup de gens sur le môle (il fait bon, il fait doux), beaucoup de gens dans les bars, beaucoup de gens dans les restaurants. La piazza Unità s'expose à nous, et c'est la formule « vaste et majestueuse » qui convient encore le mieux à l'impression. C'est l'ordre et le confort du classicisme et du baroque mêlés. Viennois, en effet. Pour boire le spritz dont on rêve, on revient au canal, plus chaleureux. Et on finit cette journée par une petite pizzeria près de notre nouveau chez nous. L'Italie est toujours un retour.